Histoire des cours donnés au public du Jardin botanique de Montréal
Jacques Lafrenière, secrétaire du Comité historique
L’architecte du Jardin botanique, M. Henry Teuscher, avait déjà publié, et ce, bien avant la conception de cette institution, une esquisse des activités scientifiques à réaliser, dont les cours au public. Il prit l’initiative de devenir le premier professeur chargé de former des candidats potentiels destinés à donner ces cours.
On retrouve ici les noms d’Adélart Bisaillon, Wilfrid Meloche, Pierre Duval. On sait que M. Teuscher était Allemand et ne pouvait donner ses cours qu’en anglais à Montréal. Il devait donc compter sur ses nouvelles recrues pour que les cours puissent également être donnés en français. Les cours ont fonctionné quelques années puis ont décliné ; probablement à cause de la trop faible rémunération des professeurs.
Après les succès de l’Expo 67, M. Pierre Desmarais Ph.D, un grand homme tant par sa taille que par ses qualités d’administrateur, de visionnaire, d’organisateur d’événements et d’activités scientifiques, a voulu rétablir les cours au public. À l’époque, il était pratiquement le bras droit du maire Jean Drapeau et porté sur la main par l’Administration municipale du temps. Pour préparer et organiser les Jeux olympiques de 1976, il deviendra directeur du Service des sports et loisirs en 1973. Et c’est justement le Service des sports et loisirs qui deviendra le maître d’oeuvre de tous les cours adressés au public, non seulement au Jardin botanique mais également dans les domaines socioculturels comme la danse sociale, la musique etc. dans tous les centres de loisirs de la Ville.
Au début des années 70, M. Desmarais convoque alors M. François Grignon, chef de section et professeur des jardinets d’écoliers, pour lui demander de lui soumettre un rapport sur la façon dont pourraient fonctionner des cours de botanique et d’horticulture destinés au public. Fidèle à ses habitudes, M. Desmarais ne laisse pas seul M. Grignon à la réalisation de la rédaction de ce rapport. Il se joint à lui afin d’analyser régulièrement les rapports préliminaires et faire part de ses suggestions appropriées afin d’établir des bases solides au projet qui sera soumis et accepté par le Comité exécutif de la Ville de Montréal.
Parmi les suggestions, il a été prévu d’engager un professeur en charge et deux moniteurs qui seront rémunérés sous présentation d’une facturation, un peu comme le sont les consultants.
La particularité du projet indique que les élèves adultes devront exécuter des travaux pratiques dans les salles de travail réservées habituellement aux jardiniers. À l’occasion, des visites des serres de service sont effectuées, là où étaient conservées les riches collections de plantes souvent très spectaculaires. Dans un monde d’interdits et aussi merveilleux, il y régnait une atmosphère extraordinaire. Les cours devinrent très populaires et comme une bonne pièce de théâtre, très tôt, tous les cours fonctionnaient à guichet fermé. Selon les saisons, près de 3000 exemplaires des programmes de cours, tels que Jardinage de printemps, Les plantes d’appartement et Jardinage d’automne, étaient envoyés à ceux qui avaient manifesté leur intention d’y participer. Comme il y avait seulement 1000 places de disponibles, les autres demandes avec les chèques étaient retournées aux malheureux retardataires à peine deux jours plus tard.
Suite à ce succès, M. François Grignon, a obtenu une promotion comme surintendant du Jardin botanique en 1974. Je lui ai succédé après un examen du Service civil. Dans cet examen, les évaluateurs m’ont demandé si j’avais déjà donné des cours. Ils ont été ravis d’entendre que déjà à vingt ans, je donnais des cours de chants, danses folkloriques et de théâtre à un groupe de l’association Jeunesse Rurale dans ma ville natale de St-Lin. Un peu plus tard, j’ai aussi été impliqué dans Les Loisirs de Boucherville Inc. De plus, j’étais un solide bilingue, ce qui était très important car tous les cours avaient aussi leur version anglophone. J’avais même un titre anglais : Section Head Educational Services.
Une fois nommé, j’ai eu droit à une bonne formation et du « coaching » de M. Grignon ainsi que l’appui de mon chef immédiat M. Marcel Parent du Service des sports et loisirs. Ce dernier m’a recommandé de m’impliquer dans des activités comme Le Comité Organisateur des Journées Horticoles qui se tenaient annuellement à St-Hyacinthe. J’ai donc côtoyé deux géants de l’horticulture ornementale, M. Daniel A Séguin, agronome, et Roger Van den Hende. C’es deux personnages ont maintenant un jardin dédié à leur mémoire.
Le premier situé à St-Hyacinthe, le Jardin Daniel A. Séguin déploie ses 50,000 plantes sur 4,5 hectares et compte plus de 20 jardins thématiques.
Le deuxième, ouvert officiellement au public depuis 1978, le Jardin botanique Roger Van den Hende de l’Université Laval, présente, sur ses six hectares, près de 4,000 espèces et cultivars regroupés par familles botaniques. La secrétaire du comité à l’époque était Madame Yvette Petibois-Paillé, qui maintenant joue un rôle important dans notre association Club Iris.
J’ai aussi joint le Conseil des Productions Végétales du Québec (CPVQ). L’objectif principal de ma fonction au jardin était aussi de diffuser de l’information à partir des ressources humaines du jardin. On m’encourageait aussi à faire de la radio, de la télévision et de l’écriture. Des responsables des relations publiques de mon service m’ont donné mes premiers rendez-vous, d’abord en anglais CJAD, CBM, puis en français avec l’émission hebdomadaire UN SAMEDI COMME ÇA à la radio de Radio-Canada qui s’est poursuivie durant 5 ans. Comme membre actif de ce Conseil, j’ai côtoyé des agronomes qui avaient des CV remarquables comme Gérard Caumartin, un ancien DG de la Fédération Horticole du Québec qui avait eu son siège social au Jardin botanique, ainsi que M. Roland Gilbert et la secrétaire Madame Marjolaine Imbeault, ces derniers collaboraient à des chroniques écrites feuillets et publications pour le Service de l’information du ministère de l’Agriculture du Québec.
L’expérience acquise ici contribuait à élever les standards et la pertinence des cours au public. Dans l’histoire des cours, il faut rendre hommage à des collaborateurs extraordinaires comme Yves Le Corff, le jardinier très apprécié des jeunes des Jardinets d’écoliers. Il fut nommé contremaître en 1977 et remplacé par M. Benoit Chartrand. Le rôle principal de ces jardiniers était de préparer les contenants, outils, plantes sur les tables pour les travaux pratiques. Un deuxième moniteur, M. Jean-Paul Ouimet, un de nos préposés à l’information au bureau du Jardin botanique, un excellent bilingue. Monsieur Ouimet m’a aussi remplacé à plusieurs reprises en ligne ouverte sur les ondes de CJAD. Pour donner les cours dans des domaines très spécialisés, je faisais parfois appel à des spécialistes comme Wilfrid Meloche et Pierre Duval. J’ai été surpris du professionnalisme de ces experts. On a déjà beaucoup parlé de Wilfrid mais Pierre Duval était officiellement le vrai docteur dans les maladies des plantes. À la fois un grand scientifique, un peu méconnu du personnel du Jardin botanique, il savait expliquer avec des termes clairs, tel un brillant vulgarisateur.
J. L.
L’acte de pardonner nous profite d’abord à nous-mêmes puisque nous cessons ainsi de porter le fardeau du ressentiment.Mais nous n’accepterons pas pour autant que l’injustice se reproduise. Bouddha