Les Amis du Jardin botanique – Histoire de la formation de l’Association
par Jacques Lafrenière
Cette histoire ressemble à beaucoup d’autres. Laissez-moi vous la raconter de la façon dont je l’ai vécue et surtout pourquoi et à quelle occasion cette association fut créée. Ces évènements me rappellent des souvenirs que je voudrais partager. Le personnel du Jardin botanique formait, à l’époque, une vraie famille, un héritage de Marie-Victorin. Personne ne mettra en doute l’affirmation que M. Pierre Bourque a été l’instigateur du projet.
Nous étions en 1975, la situation était critique. On avait entendu par la bande que le maire Jean Drapeau avait l’intention de prolonger le boulevard St-Joseph vers l’est, à travers le Jardin botanique et ainsi le couper en deux. C’était dans le cadre des travaux préparatifs des Jeux Olympiques de Montréal de 1976. Tout le personnel se demandait comment les choses allaient tourner.
On savait que plusieurs jardins botaniques à travers le monde étaient traversés par des routes ou pire par des autoroutes, comme celui de la ville de Hamilton en Ontario. On connaissait bien M. le Maire et on savait que lorsqu’il avait quelque chose en tête, il n’était pas facile de le faire changer d’idée. Après plusieurs discussions, on sentait que nous n’aurions peut-être pas le gros bout du bâton. Il fallait trouver un moyen de résister afin d’empêcher l’inévitable.
L’idée de créer une association a jailli spontanément. Il fallait se donner un appui réel comme une résolution en bonne et due forme qui s’opposerait à ce sombre projet. Dans les jours qui ont suivi, on m’a demandé de participer à une réunion de formation pour créer une nouvelle association qui porterait le nom de la SAJIB (Société d’Animation du Jardin et de l’Institut Botanique). Il faut dire que cette association, composée de chercheurs et de professeurs, constituait une expertise appréciable.
À l’époque (1974), l’animation au Jardin botanique était pratiquement mon boulot, étant le chef de la Section des Services éducatifs. Ma fonction était entre autre de donner et de diffuser auprès des médias de l’information aux citoyens, et aussi aux producteurs agricoles et horticoles. Je devais animer des ateliers aux gens des jardins communautaires, organiser des cours, des conférences et enfin des concours d’embellissement, de boîtes à fleurs, de Par terres etc. Mon patron immédiat était Yves Desmarais. Il était le nouveau directeur du Service des sports et loisirs qui avait été créé spécifiquement pour organiser les Jeux Olympiques. Ma situation était spéciale car j’avais deux autres patrons.
Étant membre du personnel du Jardin botanique, M. André Champagne, le directeur, s’adressait souvent à moi pour lui fournir des réponses lorsqu’un collègue, comme un autre directeur ou un gouvernement étranger provenant de tous les coins de la planète, lui demandait des informations sur le Jardin, des questions sur la botanique ou autres nouvelles technologies appliquées en horticulture etc, C’est là, que je devais consulter le bibliothécaire du Jardin. Il me tenait informé de tous les résultats de recherche des revues scientifiques reçues à notre bibliothèque. Il ne suffisait pas de donner une réponse de ce que je pensais être la réponse. Il fallait des photocopies d’articles qui répondaient à la question pour qu’il ait une réponse acceptable. Bref, il fallait donner la parole aux experts.
Mon autre patron n’était nul autre que M. Drapeau lui-même. Il s’adressait directement à moi, soit par téléphone ou me faisait venir à son bureau. J’étais déjà son porte-parole auprès des médias. J’avais sa confiance et celle de tous mes patrons. J’avais beaucoup de liberté dans mon travail. Mes patrons immédiats me demandaient de devenir membre de plusieurs comités importants : La Régie Supérieure des Loisirs de Montréal, le Conseil des Productions Végétales du Québec, le CPVQ, le Comité organisateur des Journées horticoles ornementales de St-Hyacinthe et d’un autre organisme provincial, les Jeunes Ruraux. Ils me laissaient pratiquement carte blanche sur les articles que je publiais dans des revues et journaux. Ils ne m’ont jamais demandé de fournir d’avance mes textes.
Croyez-le ou non, ce jour-là, une seule copie d’une résolution adoptée à l’unanimité des membres a suffi pour changer l’histoire du Jardin botanique. Il faut dire que cette résolution disait clairement que pas un pouce de ce territoire, ce joyau, cet héritage, ne devait être retranché. Justement, comme le disait Marie Victorin; cet oasis de beauté si important pour la Ville de Montréal !
Par la suite, la SAJIB est devenue Les Amis du Jardin et s’est multipliée au-delà de toutes nos espérances avec les Amis du jardin japonais, les Amis du jardin de Chine. Cette association est devenue majeure aujourd’hui avec ses 5,000 membres et la mise sur pieds de plusieurs activités comme la formation de guides bénévoles et son implication dans le Rendez-vous horticole annuel du mois de mai.
Il faut considérer que ce mouvement d’amis d’institutions représente un potentiel, un bassin humain de connaissances. En fait il faut bien le dire, ‘Un Fan Club’, un outil de promotion exceptionnel. Ils ont partout la cote comme Les Amis de l’Oratoire St-Joseph, le plus important pôle d’attraction touristique au Québec avec plus de 5 millions de visiteurs par année. Et là aussi, il y a même les Amis du Frère André.
Jacques Lafrenière
Tout bonheur en ce monde vient de l’ouverture aux autres ;toute souffrance vient de l’enfermement en soi-même. Bouddha